Démontrer qu'il est « possible de loger tous les SDF » : tel est le credo de Didier Baude de Bègles(33)

Publié le par patricemichel

Dordogne : accueillir un SDF chez soi

Pour loger un sans-abri, les particuliers devront investir dans un chalet

Le logement de Luc Bas coûte moins cher qu'un mobil-home, « et il est mieux isolé ».

Le logement de Luc Bas coûte moins cher qu'un mobil-home, « et il est mieux isolé ». (Photo F. C.)

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Démontrer qu'il est « possible de loger tous les SDF » : tel est le credo de Didier Baude, fondateur de l'association Immobilier social pour fragilisés (ISF 33) et lui-même ancien sans-abri, en Gironde. Avec la société de construction de charpentes en bois Le Toit du Périgord, basée à Lamothe-Montravel, il lance un modèle de chalet en bois, destiné aux particuliers qui voudraient loger un SDF sur leur terrain. Ces « parrains » achèteraient la maisonnette pour 20 000 euros, au besoin aidés d'un crédit à taux zéro, avant de le louer à un tarif encadré. « Cet investissement est amortissable en cinq ans », garantit Luc Bas, gérant du Toit du Périgord.
Selon l'idée des deux partenaires, le loyer serait fixé à 300 euros et pris en charge par la Caisse d'allocations familiales à hauteur de 250 euros. Le locataire assumerait le reste. Enfin, le parrainage du SDF dans son jardin durerait cinq ans, estime Luc Bas. Passé ce délai, il pourra utiliser le chalet comme bon lui semble. Tout cela n'est pas encore possible, le premier chalet est construit mais le duo attend « un cadre juridique » pour permettre le crédit, le contrat et le loyer.
Des élus absents
Ils attendent surtout le soutien des pouvoirs publics et des élus. Pour les sensibiliser, ISF 33 et le Toit du Périgord ont organisé une journée portes ouvertes, à Lamothe-Montravel à la mi-avril. Juste avant le premier tour de la présidentielle. Mais les élus ne se sont pas déplacés. Ni les locaux, ni les ministres invités - quoique Roselyne Bachelot a envoyé une lettre d'excuses. Il n'y a qu'un représentant du Front national qui était là… Ce n'est pas le premier plâtre essuyé par les deux hommes.
Au début, ISF 33 comptait sur les collectivités locales pour mettre des terrains à disposition. D'abord le maire de Bègles, Noël Mamère, a été sollicité, mais ce fut non. Ensuite, c'est Martine Aubry, maire de Lille, qui aurait fait volte-face. Ces quelques échecs ont modifié alors la feuille de route. C'est maintenant le secteur privé qui est visé. Avec du recul, Didier Baude y voit un avantage : « Au moins, on n'a pas besoin de quémander un terrain. » Humainement, Luc Bas préfère l'accueil par un particulier : « Cela permet à la personne de se reconstruire au contact d'une famille et de mieux s'intégrer. » Et cela permet à ce projet de se distinguer du fonctionnement d'associations comme Emmaüs.
Pour marquer la fin de la construction du premier chalet, Luc Bas a décidé de l'offrir prochainement à un SDF. Dans ce projet, il a lui-même des intérêts commerciaux : il espère fabriquer ces chalets en quantité industrielle. « Ils sont moins chers et mieux isolés qu'un mobil-home. » Et a prévu d'élargir la gamme en proposant un chalet de 36 m² pour deux personnes.
Didier Baude espère les voir fleurir « dans toutes les banlieues des grandes villes françaises ». Pourquoi les banlieues ? « Pour permettre aux personnes qui n'ont pas de véhicule de trouver du travail en profitant des transports en commun », justifie-t-il. Avant d'en arriver là, le chemin est encore long. En attendant, l'unique bâtisse attend derrière le grillage de l'atelier en tôle, à Lamothe-Montravel, loin des grandes villes de France.

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